La fracture entre Michel Platini et Gianni Infantino semble désormais irréversible. Invité dimanche soir sur le plateau du Canal Football Club, l’ancien président de l’UEFA n’a pas épargné son ancien secrétaire général, aujourd’hui à la tête de la FIFA. Selon le triple Ballon d’Or, Infantino aurait perdu sa légitimité en ne respectant pas certaines règles du football et devrait quitter ses fonctions.
Les deux hommes se connaissent pourtant depuis de nombreuses années. Entre 2007 et 2015, Michel Platini dirigeait l’UEFA tandis que Gianni Infantino occupait le poste de secrétaire général. Une collaboration qui permet aujourd’hui au Français de porter un regard particulièrement sévère sur l’évolution de son ancien bras droit.
«Il doit partir»
Pour Michel Platini, les critiques visant Infantino ne se limitent pas aux questions économiques ou aux choix politiques de la FIFA. Il estime que le président de l’instance mondiale aurait surtout failli dans sa mission première : faire respecter les règles du jeu. «Les affaires économiques sont une chose, mais je pense qu’Infantino a failli parce qu’il est le garant des règles du jeu et il ne les a pas respectées. Les pauses publicités (les pauses fraîcheur systématisées durant la Coupe du monde 2026, ndlr) ne sont pas dans les règlements, la mi-temps de la finale à 30 minutes, ce n’est pas dans le règlement et le carton rouge, c’est le pire. Il est le garant, il ne les respecte pas, il doit partir», a lancé l’ancien numéro 10 des Bleus. Cette dernière référence concerne notamment la décision controversée ayant conduit à l’annulation de la suspension de l’attaquant américain Folarin Balogun pendant le Mondial, après une intervention de Donald Trump.
«J’ai toujours su qu’il aimait beaucoup l’argent et le pouvoir»
La relation entre les deux anciens dirigeants de l’UEFA est aujourd’hui particulièrement tendue. Michel Platini affirme d’ailleurs avoir identifié très tôt les ambitions de son ancien collaborateur. «Il était un peu comme ça, mais il avait un patron au-dessus de lui. (…) J’ai toujours su qu’il aimait beaucoup l’argent et le pouvoir», a-t-il déclaré. Le Français estime également que la gouvernance actuelle du football mondial s’est éloignée de l’essentiel : les joueurs et le terrain. «Je pense que le football est une belle fête, c’est quelque chose d’important. Le football, ce sont les matches… Ça, c’est de la politique. C’est un microcosme de personnes qui se prennent pour les patrons du football. Alors que les patrons du football, ce sont les Mbappé, les Zidane, les Maradona… Eux, ce sont des bureaucrates qui arrivent à un certain endroit, qui ont la gloire, l’argent et qui pètent un boulon. Il faudrait des joueurs.»
Une fronde qui prend de l’ampleur autour d’Infantino
Les déclarations de Platini interviennent alors que Gianni Infantino fait face à une contestation croissante au sein du football international. Après le Mondial 2026, plusieurs décisions et projets du président de la FIFA ont suscité de vives critiques. L’un des dossiers les plus sensibles concerne notamment son projet, finalement abandonné, visant à ouvrir certaines activités de la FIFA à des investisseurs privés. Cette initiative a renforcé les tensions avec plusieurs fédérations et confédérations.
L’UEFA aurait désormais engagé une réflexion sur les moyens juridiques de contester certaines décisions d’Infantino et préparerait notamment un dossier en droit suisse pour «gestion déloyale». La confédération européenne chercherait également un candidat susceptible de s’opposer au président de la FIFA lors de l’élection prévue en mars 2027 au Maroc. Pour Platini, une éventuelle chute d’Infantino ne viendra toutefois pas nécessairement des instances sportives. «Ce ne sera pas par les instances du sport que ça se réglera et qu’il tombera. Je pense que si l’UEFA veut faire tomber Infantino, ce sera par la justice», a estimé l’ancien patron de l’UEFA.
«Ce n’est pas lui qui m’a fait tomber»
Michel Platini ne cache plus son ressentiment envers celui qui lui a succédé indirectement à la tête du football mondial. Le Français avait été empêché de briguer la présidence de la FIFA en 2016 après avoir été suspendu dans le cadre d’une affaire qui s’est finalement soldée par son acquittement définitif en Suisse en août 2025. C’est dans ce contexte que Gianni Infantino avait été élu président de la FIFA en février 2016.
«Ce n’est pas lui qui m’a fait tomber, il en a profité. Mais maintenant qu’il y a beaucoup d’enquêtes qui sont faites sur lui dans le monde, il y a des bruits qui circuleraient comme quoi il était au courant de certaines choses. Suite au prochain épisode», a expliqué Platini. L’ancien numéro 10 a également confirmé avoir déposé plainte en France contre Infantino pour «dénonciation calomnieuse» et «trafic d’influence». «Je l’ai fait en France parce qu’en Suisse, je n’ai pas beaucoup de chances de gagner», a-t-il lancé avec le sourire.
«Je n’ai pas envie» de revenir dans les instances
Malgré ses critiques virulentes, Michel Platini ne souhaite pas reprendre une place au sein des grandes instances du football. Interrogé sur l’hypothèse d’un retour, il a répondu sans ambiguïté : «Non, je n’ai pas envie». L’ancien président de l’UEFA entend désormais rester à distance de la politique du football. «Les clubs, les instances, c’est fini. Je peux être de bon conseil donc je peux monter une société de conseil dans le football. Il y a beaucoup de gens qui me demandent de les aider, des clubs, des fédérations, etc.», a-t-il conclu.







